CR du WE triathlon de Baudreix
Une semaine après Challenge Almere, mon club organise le triathlon de Baudreix, avec en particulier le L du Soulor-Aubisque, et un S à peu près plat. En début d’année, on m’a proposé de faire partie d’une équipe relais de « costauds régionaux » pour promouvoir l’épreuve dans la région. Avec en tête de gondole, Matthieu Ladagnous sur le vélo, cycliste pro à la FDJ, le béarnais du peloton World Tour, et accessoirement mon voisin, avec qui j’ai pu partager quelques sorties cette année. Mickael Canton, qui enchaine les podiums sur les trails régionaux, va courir, et ils n’ont trouvé que moi pour nager. Bon, c’est pas ma discipline forte, mais 1 semaine après mon IM, ça me va bien, c’est l’épreuve la moins traumatisante. De toutes façons, je ne me voyais pas refuser de faire partie d’une si belle équipe.
Ça c’est le samedi, et le dimanche il y a le triathlon S, et j’ai beaucoup hésité à le faire, mais finalement je me sentais en forme et j’ai aussi pris le départ.
L’objectif était la double victoire. Pour le relais, je ne me faisais aucun souci : sauf incident mécanique, et même si je nageais comme une m…, Matthieu Ladagnous poserait le vélo avec suffisamment d’avance pour que Mickael puisse terminer le boulot tranquillement. Pour le S, ce serait plus difficile, mais contrairement aux années précédentes, où il y avait toujours au moins un triathlète de haut niveau au départ (Rouvier en 2018, Vitiello en 2017, Beleaubre en 2016, rien que ça !), je ne vois personne sur la start-list que je pense être meilleur que moi, et je me dis que la victoire est jouable, et je me sens même favori.
Le samedi, c’est moi qui ouvre le bal donc. Les féminines partent 5min avant les relais, et les mecs partent 5min après. Vu qu’on n’est qu’une trentaine de relais à prendre le départ, ça ne va pas se bousculer, mais je regrette de ne pas partir avec les individuels, car avec seulement 30 au départ, j’ai peur de ne pas trouver de pieds à suivre, et à tout faire tout seul. J’ai aussi un peu la pression de bien nager pour mettre Matthieu dans de bonnes conditions au départ, d’autant plus qu’on annonce une brutasse au départ de la natation. Je ne veux pas me prendre 3-4min et passer pour un charlot dans une équipe de brutes…

On peut difficilement demander mieux comme décor !
Bref, ça part, et ça part à bloc. Comme d’hab quoi. Moi comme à mon habitude, je pars vite, mais pas à bloc. Je me retrouve entre la 5ème et 10ème place, mais déjà au bout de 50-100m, je commence à remonter, et je me retrouve 3ème assez vite. Bon, allez, je donne un conseil gratos: mais bordel arrêtez de partir en sprint sur les 50 premiers mètres, on n'est pas en WTS, vous allez exploser au bout de 100m ! Voilà, qui voudra suivra le conseil... On revient à la course: les 2 devant sont déjà loin. Je me dis déjà que je vais prendre une rouste, mais heureusement, je reviens assez vite sur le 2ème, que je passe au bout de 400m environ. Et bizarrement, je ne perds rien sur le 1er, et j’ai même l’impression de revenir petit à petit sur lui. Le parcours n’est pas hyper visible, et je dois faire quelques mouvements de polos pour bien voir, et surtout apercevoir le kayak ouvreur avec le 1er. On double déjà des filles, et je me rapproche de plus en plus du 1er. Je vois que de temps en temps il passe en dos ! Bon, je me dis que ce doit être un nageur de piscine, pas habitué à la nata en eau libre ou aux longues distances, et qu’il est obligé de reprendre son souffle. Je me dis qu’il va pas tarder à exploser, et j’ose penser que je vais réussir à sortir 1er de l’eau, ce qui était inimaginable au début ! Mais bon, le problème est qu’il va à peu près aussi vite en dos qu’en crawl. C’est juste au moment du passage de l’un à l’autre où il ralentit, et je peux reprendre quelques mètres à chaque fois.
On arrive à la sortie à l’australienne, je suis un peu derrière lui. Je sors, il y a plein de monde qui m’encourage, c’est bien tripant, et je me force à faire une super sortie, un peu pour moi, un peu pour le public. Je cours et replonge et j’arrive à boucher le trou de 5s qui me séparait du 1er grâce à cette sortie. Bon, après je temporise un peu pour reprendre mon souffle, et je commence à réfléchir à la meilleure tactique à mener. Clairement, je me dis que si l’on doit sortir au sprint, il me mettra une mine. C’est un vrai nageur, c’est clair, et moi je suis nul sur les très courtes distances. Je me dis que je dois essayer de le lâcher avant. Je remonte et me met à coté pour essayer de lui mettre la pression. J’augmente un peu le rythme, sans me cramer, pour essayer de le mettre à la limite. Moi-même, je n’y suis pas loin. La tactique est donc d’accélérer franchement au passage de la bouée, insister sur 200-300m et espérer qu’il craque. C’est parti ! J’augmente la cadence, je donne ce que je peux, et j’ai vraiment l’impression d’aller plus vite, et je me dis que ça doit être bon. Mais au bout de quelques minutes, je sens un effleurement dans mes pieds ! Loupé, il est encore là ! Du coup, je ralentis et le laisse prendre la tête. Il doit rester 300-400m, mais je sens que je suis au bout, je n’ai plus rien. J’ai dû surestimer mes forces. Sur le premier tour, j’avais l’impression que j’avais réussi à revenir car le premier prenait des mauvaises trajectoires. Et là, je me souviens plus si c’était de manière consciente ou pas, mais je ne suis plus ses pieds et j’essaye de prendre une meilleure trajectoire sur les derniers passages de bouée. Mais arrivé à l’avant-dernière, j’ai une dizaine de mètres de retard, et je n’ai plus rien dans les bras pour recoller. Dans la tête c’est fini. J’essaye de limiter la casse sur la dernière centaine de mètres, et je me dis que je vais donner le relais 2ème à quelques secondes, c’est pas si mal.
Je sors donc 2ème, mais j’ai déjà pris une quinzaine de secondes de retard sur le "sprint" final. La transition est longue, et un peu en montée, et je me donne à fond pour essayer de rattraper le retard. Je vois que le nageur devant est un peu en surpoids et il ne court pas très bien, je me rapproche vite. Ces 200m de course à bloc auront été très difficile, le cardio dans le fond de la gorge ! mais j’échoue finalement à 5s… Je donne le relais à Matthieu, et comme prévu, il posera le vélo en battant tous les records de l’épreuve, avec 15-20min d’avance, et Mickael pourra passer la ligneen première position après un semi tout en gestion, mais à bonne allure quand même.

A l'arrivée, record de l'épreuve, record vélo pour Matt
De mon coté, très content car j’ai l’impression d’avoir super bien nagé, et finalement j’ai aussi contribué à la victoire. Finalement, le super nageur annoncé n’était pas celui devant moi, il n’était pas en super forme et termine 3ème. Et le premier est un ancien membre de l’équipe de France junior en eau libre ! record perso 15’39’’ au 1500m quand même ! Bon clairement il n’était pas dans la même forme, mais quand même ! Du coup, je regrette de ne pas avoir réussi à le battre, ça aurait été énorme… Pour autant, d’après ma montre, la vitesse n’est pas terrible : 1m25/100m au 1er tour, et 1m29 au 2ème tour. Des allures que je tiens normalement à l’entrainement.
Mais bon, au final je suis quand même très content, ça fait une belle course, bien sympa tactiquement, où j’ai pris beaucoup de plaisir, et une belle victoire.
Merci à mes 2 stars de coéquipiers de m’avoir demandé de faire équipe avec eux !

J'aurais du amener mon fils moi aussi :-)

petite interview à l'arrivée, assez rare pour être signalé :-)
Le lendemain le S. Même si j’espérais gagner, j’y vais sans pression. Je décide pour une fois de mettre les couleurs du club, et sort ma trifonction jaune pétante de la Tribu 64. Mais au moment de l’enfiler dans le parc à vélo, la fermeture éclair se casse… Bon, n’est pas Daniela Ryf qui veut, je vais pas courir avec ça. Heureusement, j'arrive à appeler Nicky juste avant qu'elle ne parte de la maison pour aider sur la course, et elle arrive avec mon ancienne trifonction verte, et le petit coup de stress est passé.
Après un échauffement assez minimaliste, je me dirige vers la ligne de départ. A Baudreix on part à 300 environ, 5min derrière les filles, avec départ dans l’eau. Traditionnellement ça bastonne pas mal. Aujourd’hui j’y suis prêt, et je prends place en première ligne à gauche. Mais de plus en plus de monde s’y agglutine, et à 1min du départ, je me déporte 20m à droite, où j’ai l’impression d’être un peu plus tranquille. Les mecs à gauche s’avancent petit à petit, jusqu’à avoir quasi 10m d’avance sur la ligne. Du coup de notre côté, d’autres commencent à avancer aussi. Normalement je « laisse faire », mais là, c’est sorti tout seul : « ben ça va les gars, avancez-vous encore plus ! ». Ça me saoule, même sur une petite course comme ça, on cherche toujours à tricher. C’est quand même pas dur de rester sur la ligne. Bon, moi j’y reste : de mon côté, ce n’est pas si dense, et ce ne sont pas 10m de gratté qui vont faire une grosse différence (j’espère). Petit compte à rebours (qu’il ne faut pas faire si vous ne voulez pas que tout le monde anticipe le départ…) et c’est parti ! Comme prévu, ça part fort, mais les bons nageurs sont plutôt à gauche, et je peux nager relativement tranquille pendant les 200 premiers mètres, puis je suis rentré dans le pack et j’ai pu nager dans les pieds jusqu’au demi-tour. Après le demi-tour, quel chantier ! On doublait des filles de partout, le différentiel de vitesse faisait qu’on ne les apercevait parfois qu’au dernier moment. Il y en avait partout, et du coup difficile de bien se frayer un chemin. En plus le demi-tour était très serré, et on n’était pas loin de se retrouver face à face avec ceux qui arrivaient au demi-tour. Comme je commence à connaitre le parcours, même s’il n’était pas identique à la veille, je pense avoir bien tiré mon épingle du jeu et nagé à peu près droit. Je n’ai aucune idée de mon classement, il me semble avoir passé la première bouée pas trop mal, dans les 10-20, mais assez loin des premiers.
Je passe la dernière bouée, et là comme par magie tout s’éclaircit, et je vois pas grand monde devant moi. Je me dis que ce doit être bon signe. Je reviens sur encore un gars qui est à la dérive, il a dû exploser ya pas longtemps !
Je sors, et on m’annoncé 4ème, le 1er à 18’’ ! Incroyable ! Jamais je n’ai été aussi proche, hormis peut-être à Sames en 2016 lors de ma seule victoire en triathlon. Je suis aux anges : mon plan de prendre des risques en nata pour ne pas être trop loin de la tête a fonctionné à merveille ! Va falloir tenir maintenant…
Je prends mon temps sur la longue transition pour ne pas que le cœur monte trop dans les tours. Je fais une T1 pas terrible, et on m’annonce 5ème à 40s.
Bon, le plan est simple : j’appuie comme une brute pour passer premier le plus vite possible, puis je continue à appuyer comme une brute pour poser avec le plus d’avance possible et comme ça je n’ai pas besoin de courir trop vite et me faire trop mal en CAP :-)
Passés les premiers 2/3 virages avec un peu de gravillons, où je suis hyper prudent, c’est tout droit, et je me mets en ligne sur mon Cube, et la machine est partie ! Je reviens vite sur 2 gars et quelques filles. Je sens que ça avance bien, même si ma puissance n’est pas aussi haute que ce que j’espérais. Je baisse bien la tête et tente de rester le plus aéro possible. Je suis 3ème à priori, et devant, je vois que je me rapproche du 2ème. Je reviens sur lui au bout de 3-4km, et je vois le premier juste devant ! Et finalement, je double le 2ème au moment où il prenait la tête : il aura été premier quelques secondes (quel dégout...)!

Super, le mec, il arrête pas de parler "aéro, tête basse", e sur la photo il est en mode facteur !
Bon, me voilà en tête (normalement, mais je ne suis pas encore sur : il n’y a pas de moto ouvreuse). J’essaye de demander aux bénévoles qui m’encouragent par mon prénom (c’est bon de courir à domicile !), mais je n’arrive pas à comprendre leur réponse. Bon, de toutes façons, j’appuie comme je peux, je baisse la tête, aéro au max, et j’attends que ca se passe. Je reviens encore sur une fille, mais après je suis bien seul. On arrive à la moitié du parcours, où on fait un petit tour en ville avant de faire le retour. Il y a un joli coup de cul, où je peux me relever et j’en profite pour demander à un bénévole si je suis bien premier, et il me dit oui. Cool, j’ai le temps de demander si ya quelqu’un derrière, et il me dit non. Re-cool. J’essaye de me refaire une petite santé lors du petit tour en ville, mais ce n’était peut-être pas une bonne idée, je perds un peu de temps. Allez, plus que la moitié, c’est reparti, aéro à fond sur mon Cube, et on rentre à T2. Cette fois-ci, le vent est plutôt pour, et même si ma puissance a baissé, ça avance vite, je le sens. Près de 44km/h sur la partie rectiligne du retour, ça envoie (38km/h à l’aller).
Je pose le vélo bien entamé, mais juste en dessous de 40km/h. Pour un parcours à peu près plat, j’espérais mieux. L'ironman 7 jours avant ça laisse des traces quand même.
Je fais 3ème temps, petite déception, à 30s du 1er.
Je pars sur la CAP, et le 2ème n’est toujours pas là. Du coup je suis confiant, et je pars en mode gestion sur la première petite cote. Je me dis que je ferai les écarts au demi-tour, et j’espère pouvoir lever le pied pour la fin. J’ai un bon rythme, mais j’essaye de rester en gestion. J’ai des débuts de crampe qui commencent à apparaitre dans les mollets. J’ai peur qu’ils me lâchent, l’IM de la semaine dernière se rappelle à mon bon souvenir. Dans ma tête, j’ai déjà gagné, et j’essaye de me remobiliser quand même.
Au demi-tour, je fais le pointage. Je me dis que si j’ai plus d’1m30, je peux y aller mollo. Et j’ai… 1m15 d’avance. Et le gars a l’air d’avoir une bonne foulée ! Bon, ça me met un petit coup de stress et j’essaye d’en remettre une couche.
Heureusement, la fin est proche, j’arrive au lac. Plus qu’un km, ça va le faire. Plus que 500m, personne derrière, c’est bon, c’est gagné. Je me relâche un peu sur la fin pour profiter de cette victoire.
Je sais que j’ai fait une bonne CAP, mais pas monstrueuse non plus. Je pense quand même être proche du meilleur temps, et effectivement, je suis 2ème à 13s du 1er (mais je cours 40’’ moins vite qu’il y a 2 ans sur le même parcours où j’étais en bagarre pour la 2ème place derrière Beleaubre). C’est la victoire de la régularité : 4ème en nata, 3ème en vélo, 2ème à pied ! Mais 1er en tout ! Tout en maitrise !
Je suis très content de cette victoire à domicile, après deux 2ème place sur ce triathlon de Baudreix, j’arrive enfin à gagner. Et vu les vainqueurs des années précédentes (Beleaubre, Vitielle, Rouvier, c’est la classe quand même ! Même si cette année il n’y avait pas de gros « clients », je suis content d’avoir tenu mon rang. Comme disait le speaker lors de mon entrée à T2 : « et voilà Benjamin Féraud, j’ai envie de dire logiquement, il était attendu… ». Bon, ça fait plaisir d’être reconnu, mais faut pas croire que c’était facile non plus !