CR de la rouste que je me suis prise à l'Israman
Allez, assez attendu, voici le CR de l’Israman. Je vous disais que vous connaitrez le résultat à la longueur du CR. Mais je crains que cette fois-ci, le CR soit long malgré ma contre-performance sur la course.
Nous arrivons en Israël le mercredi matin aux aurores. On loue une voiture et nous voici parti pour 4h de route pour Eilat. Malheureusement, nous n’avons pas trouvé de vol directement pour Eilat à un prix abordable. En arrivant vers Eilat, on passe par la route que l’on empruntera en vélo. C’est une belle route, de beaux toboggans comme je m’y attendais, mais globalement roulant je trouve. Ya de quoi se faire plaisir. On sort pour prendre la température et le ressenti. Nickel, vers 9h, il fait 13°C, du soleil, pas trop de vent, ça va passer nickel, même en trifonction seule.
Le mercredi, on remonte les vélos, on les teste. Tout est nickel, il fait toujours pas froid, j’ai trop hâte de prendre le départ, je suis confiant. On regarde la météo toutes les heures, ils annoncent la pire journée depuis 1 mois : froid et beaucoup de vent.
Le jeudi, pas mal de choses à faire. Le briefing, le briefing des pros, la press conference/présentation des pros, un peu de nata pour reconnaitre le parcours, le déblocage traditionnel en vélo (où j’ai pas de supers sensations). Nos craintes sur la météo se confirment. Les organisateurs nous disent que les manches longues seront obligatoires, et qu’ils déconseillent aux supporters de venir sur le plateau pour nous encourager, comme les années précédentes (le vélo se faisant sur un plateau à 600-800m d’altitude). On doit déposer les vélos le soir, mais une énorme averse inonde le parc à vélos, et les organisateurs nous donnent la possibilité de ramener le vélo le lendemain matin. On fait ce choix, notre hôtel étant juste à côté, ce sera facile. On se dit qu’on a de la chance de ne pas s’être pris cette pluie pendant le vélo, mais à choisir, j’aurais échangé ces conditions contre celles du lendemain !
On passe la soirée avec Nicky à débattre comment on va s’habiller. J’ai longtemps pensé mettre juste ma trifonction avec un vetement technique près du corps, manche longue. Mais ils annoncent de plus en plus froid, de plus en plus de vent, je décide de prendre une veste sans manche. Et tant pis pour l’aéro. Je prends également des manchettes, j’ai bon espoir de pouvoir les enlever quand il fera plus froid.
Je regrette également mon choix de roues : j’ai pris des 80mm devant et derrière, et je regrette de ne pas avoir pris plus petit devant. Une autre pro a décidé au dernier moment de changer, et elle a réussi à se faire prêter une roue. Je n’y ai même pas pensé à essayer de m’en faire prêter une…
Le matin de la course, tout se passe bien. Il n’y a pas de sas spécial pour les pros, mais l’orga tient à ce que nous partions devant. Donc pour une fois, je me mets en première ligne sans « remords ». De toutes façons, on me laisse passer sans soucis, ce n’est pas très dense, et la ligne de départ, dans l’eau, n’est pas très matérialisée.
Par contre, l’aube n’est pas encore levée, et je ne vois pas les bouées. Je demande à quelques autres pros à côté, et personne ne voit rien. Bon, on sait à peu près où aller, j’espère qu’on les verra en s’approchant.
Ils font un compte à rebours pour le départ : 5-4-3-2-1… je m’élance avec ½ seconde d’avance pour essayer de pas me faire bousculer par les gars derrière. Je pars à bonne allure, en essayant de pas me mettre dans le rouge. Le but est de faire 400m assez appuyé pour essayer de prendre un bon groupe. Au bout de 200m, je laisse partir (enfin, ils partent quoi, je n’aurais pas pu les suivre !) un petit groupe devant. Je sais qu’il y a de très bons nageurs parmi les pros, que je n’ai aucune chance de suivre, donc pas de soucis. Je me retrouve assez vite dans un petit groupe d’un peu moins de 10 athlètes. Je suis bien positionné, en 2-3ème position.

Vous me dites si vous voyez les bouées, hein ?
Soudainement, le gars devant fait quelques mouvements de polo, puis bifurque clairement à droite. WTF !? Purée, ya la bouée à droite, on allait la louper. Le groupe devant l’a clairement loupé, et j’hésite 1 seconde à y aller ou pas. Mais je suis le compère, on va essayer de pas tricher dès le début quand même ! On perd un peu de temps à aller chercher cette bouée, mais on a encore le petit groupe. On voit la 2ème bouée, synonyme de demi-tour, un peu plus loin. Je suis bien calé sur le côté, je suis dans mon rythme, tout va bien. Au passage des 2 bouées du fond, il y a une petite cassure, il doit y avoir 10-20 mètres. J’hésite à faire l’effort pour recoller. Je vois que je ne perds pas grand-chose, et finalement j’accélère un peu et je reviens assez facilement dans les pieds. Ils sont en file indienne, et j’ai l’impression qu’il peut y avoir une nouvelle cassure. Je décide de remonter le groupe, mais finalement j’ai beaucoup plus de mal. Je reste à niveau du dernier quelques minutes, mais je n’arrive pas vraiment à bien me caler. Je décide donc de me remettre derrière. Et ça ne loupe pas, ça casse devant. Mais cette fois je fais pas l’effort pour y aller. Je sens que je suis dans mon rythme, il ne faut pas trop en faire. Il me semble que l’on est un petit groupe de 3, et devant ils sont 2 ou 3 aussi. Avec le tout premier groupe de 2 ou 3 loin devant, je me dis que je suis pas mal.
A la sortie à l’australienne, je remonte un peu pour pas me faire piéger, et je sors 1er ex-aequo du groupe. J’entends le speaker annoncer Vabrousek, et ça me donne un super moral. Selon moi, c’est le favori de la course. Pas un super nageur, mais quand même pas ridicule. C’était en fait mon ambition « de rêve », de réussir à l’accrocher, même si j’y croyais pas trop. Du coup, la petite sortie de l’eau je le fais assez vite, et je replonge premier. Je ne fais pas trop attention à mes autres compagnons, je me dis que je vais nager devant, et on verra si je les sens dans mes pieds ou à côté. Je me sens bien et je me dis que je peux recoller à ceux devant.
Au deuxième tour, je vais doubler beaucoup de nageurs qui font le half, qui sont partis 10min après nous. Du coup, je perds le visuel sur le petit groupe devant. C’est un peu démotivant, mais j’ai de bonnes sensations, je ne sens pas les autres dans mes pieds, et je fais tout le 2ème tour seul. Seuls quelques méduses me tiendront compagnie. Ça surprend quand on s’en prend une dans la main ! Heureusement pas de piqures !
Sur les 200 derniers mètres, j’essaye de baisser un peu la cadence et augmenter la force et l’amplitude, pour me fumer les bras sans faire trop monter le cardio. Je sens que j’ai fait une bonne natation, et j’ai encore de la réserve. Contrairement au Franchman où j’ai subi la fin de la nata et perdu un peu de temps et pas mal de places, là je finis « fort », sans subir.
La T1 vers le parc à vélos est assez long, j’essaye de courir sans me mettre dans le rouge, toujours un peu délicat de trouver la bonne allure. Il y a beaucoup de monde du half, je dois slalomer, je pose la main sur les épaules pour me faufiler quand il n’y a pas de places, et je pense que je me fais insulter (ou réprimander J) en hébreu une ou 2 fois. Dans le parc, c’est un peu le bordel, ya du monde partout. Je prends mon sac de transition et trouve une chaise libre, juste à côté d’un autre pro. Sans doute qui faisait partie du groupe que je n’ai pas réussi à rattraper !
Je fais une T1 pas terrible, j’ai du mal à enfiler les manchettes que les bras mouillées. J’avais décidé de mettre les chaussures sur le vélo et les chaussettes dans les chaussures, car on devait passer par une grosse flaque d’eau en sortant du parc, et je me disais qu’avec le froid et vent annoncé, mieux valait ne pas avoir les pieds mouillés. Mais en prenant mon vélo, ma roue arrière tourne « à reculons », et entraine mon pédalier, et un élastique qui tient ma chaussure casse. Pas bien grave, je cours nu pied, je passe la flaque d’eau, je pose le vélo sur les barrières pour enfiler les chaussettes : bon, yen a une qui s’est barrée ! J’hésite pas longtemps à revenir la chercher : tant pis, j’ai également des protèges orteils sur les chaussures, ça va le faire. Je pars donc avec une chaussette !
Bilan de natation : je sors en 54m23. Grosse perf donc pour moi qui en général nageait en un peu moins d’une heure. D’après 2 traces que j’ai trouvé sur strava, le parcours était un peu court, à priori 3650m. Mais même comme ça, ça revient à 56m40 sur 3800m, je suis très content.
En plus, je ne suis pas ridicule du tout par rapport aux autres pros : je sors 5ème pro sur 10. 7ème en tout, un groupe d’âge et une féminine pro sont devant. Je perds « seulement » 5min par rapport aux meilleurs, dont Dan Alterman, le gagnant de l’année dernière, ancien athlète ITU, et donc avec gros niveau natation à priori. Je nage quelques secondes de mieux que 3 autres pros, dont Vabrousek, et Hywel Davies, que je considère également comme un favori. Il ne se considère pas comme un super nageur, mais il a quand même fait 53m30 l’année dernière à l’IM Frankfurt. Aucun pro ne nage « mal », le dernier ne sort qu’à 3 minutes de moi.
Cette natation restera comme le gros point positif de la course. Je suis à un niveau déjà à priori meilleur que le Frenchman. J’ai un peu insisté sur la nata en hiver avec 2-3 belles séances par semaines sur les 6-7 dernières semaines, et un peu de muscu, et ça a l’air d’avoir payé. J’espère maintenant réussir à encore m’améliorer, mais déjà avec ce niveau j’espère ne pas sortir à la rue lors de mes prochaines courses.
En vélo, le parcours commence par 3km de plat, puis une longue montée en 3 paliers, de 620m de D+ pour arriver à l’endroit où on posera le vélo 165km plus tard. De là, on a 2 allers-retours, le deuxième un peu plus long que le premier, pour arriver à 180km.
Je pars en contrôle sur le plat, il y a beaucoup d’athlètes du half, que je double.
On arrive à la première bosse, j’essaye de la monter avec un peu de puissance, comme prévu. Je me sens bien, mais à la fin de cette première montée, un pro me double. J’essaye de ne pas y porter attention, j’ai prévu de faire le vélo sans me soucier des autres. Mais il n’arrêté pas de se retourner une fois qu’il m’a doublé. Je ne sais pas si c’est moi qu’il surveille, ou un gars derrière. Je le garde en ligne de mire, il est à 20-30m. On passe le premier palier, un peu de plat, et on arrive à la 2ème montée, un peu plus pentue (6-7%). Je continue à bien monter, j’appuie un peu plus fort. Je double un français qui fait le half, je l’encourage, et il me dit que les premiers sont vraiment pas loin. J’ai appris à me méfier de ces affirmations, j’essaye de ne pas m’enflammer. Hywel Davies me double peu après, tout en force, en danseuse, avec une roue pleine. Il s’éloigne petit à petit. On finit la 2ème montée, on va entamer la dernière, la plus difficile, vers 9%. Je ne ressens pas la difficulté, et je reprends le gars qui m’a doublé (Bar, un israélien).

à ce moment, j'y crois encore. Mais quel naïf !
J’arrive au ravito. Il est en montée. Je galère à sortir mon bidon que j’ai installé derrière. J’avais acheté un porte bidon qui tient bien le bidon, suite à plusieurs sorties où j’avais perdu mon bidon sur des dos d’ânes ou autres aspérités de route. Mais il a les défauts de ses qualités, et j’ai du mal à le sortir ! Bon, j’y arrive quand même, mais au fur et à mesure de la course et que mes doigts s’engourdiront, ce sera de plus en plus difficile de le sortir !
Je ne connais pas mon classement à ce moment mais je suis 6ème, j’ai doublé le GA et la pro pendant la montée.
J’ai fait une bonne montée (6ème temps pro), mais j’y ai sans doute laissé quelques plumes, même si à ce moment, je me sens encore bien.
Une fois sur le plateau, on sent le vent qui souffle. A la première descente rapide, grosse frayeur avec des rafales de coté qui arrivent en fonction des abris naturels sur le côté de la route. C’est la panique ! Je me souviens de la descente du Port de Pailhères sur l’Altriman, ou pendant 1 ou 2 km, j’ai eu peur de tomber à cause du vent. Là, il me reste 165km, je pourrai jamais tenir comme ça ! J’hésite même à abandonner, je ne veux pas finir dans le fossé. Heureusement, ce n’est pas en continu, et il y a des portions protégées. Mais dès que le vent souffle un peu plus fort et que je suis en descente, je n’arrive pas à me mettre sur le prolongateur, je reste sur les cocottes, je me redresse, je frein même de temps en temps, et j’agrippe mon guidon comme si ma vie en dépendant (et je pense à ce moment que c’est le cas !). Bref, pas hyper plaisant, et je me fais doubler dans les parties roulantes vent de travers par des gars du half avec des roues pleines, bien posés sur le prolongateur. C’est donc possible de rouler comme ça, mais j’en suis incapable ! C’est hyper frustrant, je les double dès qu’on est protégé du vent ou qu’on monte, mais je perds du temps sur les sections ventées et en descente. C’est également sur une de ces sections que je me fais reprendre par Bar.
On passe même des panneaux « danger, vent de côté ». Allons bon, si c’est dangereux pour les voitures, pour les vélos ça va être l’enfer. On passe en effet un petit pont à découvert, et j’agrippe mon vélo en attendant que ça passe.

Le gars derrière et sa roue pleine me déposera à la première descente...
Mais je me rapproche du demi-tour. Je vois les premiers du half. Puis une voiture indique, je pense, le premier du full. Même si je suis pas bien sur de qui fait le half ou le full, j’ai l’impression que le premier a déjà une avance impressionnante. J’essaye de prendre le chrono pour voir mon retard, et sauf sur le premier, j’ai l’impression c’est pas si mal. Hywel Davies est déjà bien remonté, ce qui me fait du bien au moral, je me dis qu’il double tout le monde, pas que moi.
Je suis encore dans le coup, je suis 7ème. Je suis à 6m20 du 3ème, et 5m30 déjà de Hywel, qui est 4ème. Le premier est déjà à 13 minutes.
Le retour est plutôt vent contre, mais ça me va bien, je préfère ça que vent de côté. Je me fais doubler peu après le demi-tour par Vabrousek. Je suis content de voir qu’il était derrière. Je n’essaye pas de le suivre, j’essaye de rester dans mon rythme. Mais déjà je me dis que ça va être difficile. J’arrive tout de même à garder une puissance correcte. Arrivé à la fin du premier A/R, je peux reprendre les écarts, je vois qu’ils ont encore grandi, et que le premier est en train de s’envoler. Moi, je sais que ça va être dur maintenant. J’ai fait 90km, et j’ai l’impression que les 90 prochains vont être difficiles. Niveau alimentation et hydratation, je suis pas mal, même si je suis moins « sérieux » que d’habitude sur l’alimentation. J’aurais dû prendre 2 gums toutes les 10min, et un extra toutes les 30, mais je le fais un peu plus à l’arrache, selon les moments de la course où j’arrive à lâcher le guidon ! Par contre, j’ai eu envie de pisser hyper vite, dès le 30ème et 40ème km. Avec le froid et le vent, c’est pas idéal de se faire dessus, mais bon, hors de question de m’arrêter. Sur les 90 premiers km, j’ai dû pisser 3 ou 4 fois. Je ne sais pas très bien pourquoi.
Aux 90km, je suis donc 9ème (sur 10 pro). J’ai 4min de retard sur Vabrousek, déjà 20min sur le leader, et 9min sur Hywel, alors 3ème. Je vois bien que je suis moins dans le coup que ce que j’espérais, mais ce n’est pas encore catastrophique. J’aimerai réussir à poser à 10-15min du podium, pour avoir une chance de faire mon retard à pied. Mais c’est mal embarqué. Je songe également à abandonner à ce demi-tour, mais je chasse assez vite l’idée. Tant pis, on repart dans le vent.

On commence à voir la panique dans mes yeux...
Et les prochains km n’arrangent rien. Le vent m’empêche toujours de bien prendre une position aéro quand il faudrait, et je sens que les jambes ne vont pas tarder à rendre l’âme. Et il me reste 90km !
Bon, maintenant, je suis seul, il n’y a plus de concurrents du half sur la route. Je porte ma croix seul, mais je continue à avancer tant bien que mal, mais la puissance a déjà pas mal chuté, mais je limite la casse. Le vent de côté est toujours un calvaire, même si je le sens moins fort qu’au premier tour. Soit je vais moins vite, soit il a faibli, soit je m’habitue. Enfin, ça ne m’empêche pas de m’agripper à mon vélo encore et toujours. Je suis tétanisé du haut du corps, mes épaules et mon cou me font mal !
J’arrive au point du 1er demi-tour, il faut qu’on aille un peu plus loin cette fois-ci pour le 2ème demi-tour. C’est un faux plat descendant avec vent de dos. Je ne cherche pas à appuyer sur les pédales, j’essaye de récupérer. Malgré cela, je fais ces 6,5km à 50km/h. Je sens que je vais vite, mais je me rendais pas compte que j’allais aussi vite. Je ne pense même pas au retour… Je croise les premiers, je les reconnais tous, je constate que je suis 9ème, et je pense à ce moment que je ne suis pas si loin, car je vois que je ne roule « que » 3-5 min entre le moment où je croise les 2ème au 8ème et le point de demi-tour. J’ai un moment où je reprends le moral, mais dès le demi-tour, je comprends. Je suis scotché. Je m’étais bêtement dit : « 3-5min, je multiplie par 2, j’ai 6-10min de retard, malgré mes difficultés, je n’ai pas trop perdu ». Mais les 3-5min à 50km/h, ca se traduit par 7-13 minutes au retour, scotché à 20km/h. C’est donc ça, j’ai entre 10 et 15 minutes de retard déjà sur quasi tout le monde. Seul le gagnant de l’année dernière a l’air d’exploser aussi, il n’est qu’à 3 minutes. Tous les autres sont entre 10 et 15 minutes, et le premier survole la course, il est déjà 30 minutes devant.
Le retour est un long chemin de croix. Plus rien ne veut sortir des jambes. A un moment je suis à 160W. Soit la puissance cible de Nicky. Je me dis : « bon, je suis à l’allure de Nicky, tout va bien ». 160W c’est une allure d’échauf normalement, je suis cuit de chez cuit. Et le retour vent de face, ou ¾, est interminable. C’est sur cette portion que les différences peuvent se faire, et elles se font ! Avec le vent de face et ma baisse de régime, je commence à avoir de plus en plus froid. Je me dis que sans cette veste, je n’aurais pas pu rentrer. Allez, un petit coup de pub pour l’agence Aviva à Nay qui me l’a offerte. Sans eux, j’aurais sans doute abandonné ! Merci donc !

Là c'est plus de la panique, mais de la résignation ? Admirez le beau scotch rouge qui me sert à tout tenir en place et la morve sur la manchette droite. Le sens du détail.
Je mets presque 1h50 pour faire ces 45 derniers kilomètres (24km/h). Je guette les panneaux indiquant tous les 10km. Je perds des minutes par paquet. J’avais vu au demi-tour que derrière moi, les plus proches poursuivants étaient assez loin, 7-8 minutes. Quand enfin j’arrive au bout de mon calvaire, il ne reste que quelques km, et je me dis : « bon, finalement t’as du pas si mal rouler, les gars derrière ne t’ont pas repris, ça doit être dur pour tout le monde ». Et bim, juste à ce moment, je me fais reprendre par le dernier pro, et un groupe d’age. Voilà, voilà, je pose dernier pro.
Sur cette dernière portion, je me suis pris 20min par les 2 premiers, et entre 8 et 15 par tous les autres, sauf Alterman, en perdition aussi, qui ne m’a pris « que » 4 minutes.
Bilan : 28km/h alors que je visais 30km/h. La claque. Je pose avec 50min de retard sur le 1er, entre 23 et 30min du 2ème au 6ème, 19min sur le 7ème, et 7min sur le 8ème, que je sais être très bon coureur (ex ITU).

Tu m'étonnes que je tiennes pas sur le vélo avec des cuisses moins épaisses que les jantes !


C'est sur c'est beau. Mais c'est dur. Oui mais c'est beau. C'est vrai mais c'est dur !
En transition, je m’assois à côté de l’autre pro qui vient de me doubler. On se regarde et on souffle tous les 2 : quelle galère !
La T2 est aussi galère. J’essaye d’enlever ma chaussette qui est mouillé par l’urine. Ça va encore malgré les doigts gelés. Mais pour remettre des chaussettes sèches, c’est une épreuve. Même avec le bénévole qui m’aide, ça me prend un temps infini. Ma pire T2 de ma carrière je pense (sauf celle du duathlon de Castres, mais là c’est hors-concours). J’enlève ma veste. Même s’il fait encore froid, je sais que je vais me réchauffer très vite. Mais je garde mes manchettes pour la descente. En arrivant à T2, je me demandais si j’allais réussir à courir ou même vouloir. Je me doute que je suis très loin. Je suis cramé. Si c’est pour me trainer pendant 4h et finir complètement vidé, et mettre 2 mois à m’en remettre, je me dis que ce serait peut-être plus sage d’abandonner. Mais bon, j’ai jamais abandonné de ma vie, j’essaye de pas trop cogiter. Les 12 premiers km sont en descente (on redescend en courant ce qu’on a monté en vélo), une fois en bas on verra bien.
La veille j’avais dit à Nicky : les 12 premiers en descente sont gratos, faut se dire que ce marathon ne fait que 30km. On arrivera juste quand ça commence à devenir difficile. A cet instant, je me doute que ce ne sera pas aussi facile.
J’ai du mal à comprendre comment j’ai pu perdre autant de temps sur le vélo. J’ai essayé de trouver des explications, mais je n’en trouve aucune qui me semble correcte. J’ai bien mangé (95 gums), bien bu, peut-être un peu moins sur la fin, mais l’explosion avait déjà eu lieu. Le vent ne m’a pas aidé, c’est sûr, mais j’ai perdu plus de temps à cause de mes jambes qu’à cause du vent, c’est certain. Peut-être j’ai laissé trop de jus dans la première ascension, puis dans ma lutte pour rester sur le vélo face au vent de travers. C’est sûr que j’avais pas un très gros entrainement derrière moi, pour pouvoir prétendre maitriser ces 180km, mais j’espérais craquer un peu plus tard et dans des proportions moins importantes.
En tout cas, il me reste encore beaucoup de travail sur le vélo ! Moi qui pensais avoir également franchi un cap en vélo, faudra me revoir tout ça monsieur Féraud.
La course à pied donc. Je prends 1km pour me mettre dans le rythme. Ça descend direct, et je reprends le 9ème et le GA assez vite. Ça fait du bien au moral. En fait le GA était un relais, mais je n’avais pas capté. Le but était de descendre sans forcer, en se laissant descendre. Sur mes coteaux à Saint-Vincent, j’ai appris ces dernières années à descendre, peut-être pas en trail, mais au moins sur la route. Cela me parait facile, je suis en 3m30/km, j’essaye de vérifier au cardio que je ne suis pas trop haut. Non, c’est bon, autour de 130-135bpm, c’est ce que je voulais. Je croise des bénévoles qui m’annoncent 9ème, le 5ème à 2min. Je les crois quelques minutes, mais à un moment je me doute qu’ils m’ont pipoté. La descente est également par paliers. 3 descentes avec 2 plats de 1-2km entre chaque. Au premier plat, j’essaye surtout de rester tranquille. Au 2ème plat, un DJ nous attend. On nous avait demandé de donner une chanson que le DJ passerait quand il nous verrait. En vain, je n’aurai jamais ma chanson (Summer of 69, qui m’avait bien bousté sur le vélo lors de mon premier IM à Roth). Je croise Alterman sur le 2ème plat qui est un petit A/R. Quelle foulée ! J’ai 7-8min de retard, et je vois à sa foulée que je ne le rattraperai pas ! En fait, j’avais réussi à lui prendre un peu de temps dans la descente, mais ce sera la dernière fois. Et effectivement, personne d’autre à l’horizon, ils m’ont bien pipoté les enf… Je croise les 2 premières féminines, elles ne sont pas si loin. En fait, la 1ère féminine a posé le vélo juste derrière moi. Heureusement qu’elle ne m’a pas doublé, ça m’aurait fait bien mal au moral. Elle me met quand même 7min en vélo…
Dernière petit bout de descente, je double un petit groupe de français sur le half. Apparemment c’était le chanteur Amir et des amis à lui, pour ceux qui connaissent. Ils ont dû avoir mal sur le vélo, pour n’être pas plus avancé sur la course ! Mais contrairement aux courses en France, là, sur le half, il y a beaucoup de monde qui sont quand même très très lent. Je m’étais dit que sur le marathon, je ne croiserai quasi personne du half, qu’ils auraient tous finis. En fait, j’en ai doublé pendant tout le marathon. Les derniers du half ont fini en 12h ! Et au moins 400 sur 1200 ont terminé après moi. C’est vraiment une course ouverte à tous, et yen a qui ont bien du courage de prendre le départ en sachant qu’ils vont rouler à moins de 15km/h et courir à moins de 7km/h.
J’arrive sur le plat. On court en A/R, donc je vais croiser tous mes adversaires. Je crois Hywel Davies juste quand j’arrive sur le plat. Lui a fini son 1er A/R, moi je le commence. Je reprends espoir en me disant que je suis pas si loin, je pense que l’aller-retour doit faire 3-4km. Je croise tous les autres un peu éparpillés, tous ont l’air d’avoir une bonne allure. Et ce premier aller est interminable. J’espère apercevoir le demi-tour rapidement, ca voudrait dire que je ne suis pas si loin. Mais non, je me rends compte que je suis très loin, et que je n’ai quasi rien à espérer. J’ai 14min de retard sur les plus proches (sauf Alterman mais je sens que je ne pourrai pas le reprendre) et 25min sur le 3ème (Hywel).
Bon, je me repose la question de quoi faire : abandonner ne me traverse plus l’esprit, mais j’hésite sur l’attitude à adopter : me faire mal et essayer de faire du mieux possible, avec comme conséquence une charge sur le corps importante, et un temps plus long pour récupérer, et pour pouvoir reprendre l’entrainement, ou rallier l’arrivée tranquillement, de toutes façons je ne peux pas espérer grand-chose. Je fais un peu entre les 2. Au bout de 1-2km de plat, je vois que je ne peux pas tenir l’allure espérée (autour de 4min10/km) ou la FC cible (140-145 bpm) et je me dis que je vais le faire au feeling, en prise mais pas trop, et on verra bien.
Ce premier aller, ça monte en fait ! Pas énorme mais assez pour que ce soit difficile. Moi qui pensais que ce serait tout plat !
Au demi-tour je vois que le premier de la course n’est qu’une minute derrière moi. Il va me prendre un tour (10km !) ! C’te rouste que je suis en train de me prendre ! Ca me démoralise.
Mais je continue, et je vois qu’il ne me double pas. Au prochain demi-tour, je vois que je ne reprends pas grand-chose à tout le monde. Certains commencent à craquer, mais j’ai tellement de retard, il est improbable que je reprenne une ou 2 places. Et tant bien même, 7ème, 8ème, ou 9ème, ça ne change pas grand-chose. Je continue donc sur mon rythme. Je regarde de temps en temps ma montre. Je vois que je suis en 4m30 environ au km. Je suis plutôt content, et me dit que si j’arrive à tenir cette allure, ce ne sera pas si mal. Je vois au demi-tour que le 1er ne m’a rien repris.
Je passe le semi en 1h26 environ. Carrément bien vous me direz. Si ça avait été tout plat, j’aurais dit oui. En l’occurrence, là j’ai couru en 3m50 les 12 premiers km puis en 4m30 les 9 suivants.
J’espérais courir en moins de 3h, mais malgré mon avance au semi, je sais que ce ne sera pas facile. Je me fixe comme nouvel objectif moins de 3h10, mais je reste dans l’idée de ne pas trop me rentrer dedans, pour essayer de récupérer le mieux possible après cette course.
Je vois que l’allure faiblit petit à petit, mais reste « honnête », je suis rarement au-dessus de 5min/km, et seulement dans les sections montantes. J’oscille autour de 4m40/km.
Le reste de la course est assez monotone. Je cours de ravito en ravito, j’alterne gels et coca, je vois qu’un israélien est en train d’exploser, Vabrousek n’a pas l’air au mieux non plus. Alterman est en train de remonter tout le monde, mais il part de trop loin. Aux 25 km, le 1er est sur mes talons. Il s’arrête au ravito, moi je continue. Allez, petit objectif, il ne me reprendra pas ! Ça me met un petit coup de boost, mais en regardant la courbe, ça ne se voit pas vraiment ! Toujours est-il que je tiens devant. Peut-être a-t-il pitié de moi. De toutes façons, il a 20min d’avance et course gagnée. (petit) pari gagné, alors qu’il doit finir la course, j’entame mon dernier tour de 10km, et j’ai 30 secondes « d’avance ».
Ce dernier tour sera un peu long, mais finalement pas si difficile que ça comparé aux précédents, preuve que j’ai pas trop mal géré. Je commence à me m’inquiéter de ne pas croiser Nicky, j’espère qu’il ne lui est rien arrivé. Je vois avec plaisir que je ne perds quasi pas de vitesse, je reste aux alentours de 4m45/km, et que le 3h10 ça va le faire largement.
Je finis mon dernier tour, forcément déçu de ma course. Je vois le 8ème devant moi en perdition, mais je ne fais pas l’effort pour le reprendre. Lui a vu que j’arrivais, il accélère ce qu’il faut pour finir 15s devant moi. 8ème ou 9ème, je m’en fiche, et hors de question d’accélérer.
Finalement, ce marathon en gestion reste assez « propre » : 3h07 pour pas loin d’un vrai marathon (41,3km d’après Garmin). C’est finalement, étonnamment, le 2ème temps du jours, loin derrière Alterman (2h56), à peine 10s devant le 3ème, et 1-2min devant le 4ème au 6ème.
C’est un point positif que j’essaye de tirer de cette course à pied. Malgré une fin de vélo à l’agonie, où je me demandais si j’allais réussir à courir, et une course toute en gestion, sans me rentrer dedans, sans rien à aller chercher devant (ou derrière), je fais quand même le 2ème temps. Sachant qu’il y a eu grosse bagarre devant pour la 2ème à la 4ème place (3m30 entre les 3, et même moins d’une minute entre 3ème et 4ème), je me dis que c’est pas si mal.
Après, je sais que la CAP est mon point fort, et qu’il est « normal » que je gagne du temps sur le marathon, mais bon, dans l’état dans lequel j’étais, je n’étais pas si sur.
Quelques stats sur ce marathon :
Sur la partie plane, j’étais à 4m41/km sur les 30km (allure 3h18). Pas terrible mais pas catastrophique en mode gestion. Sachant que mes premiers marathons sur IM étaient aux alentours de 3h15.
Hormis les 2 premiers km de plat où j’étais plus rapide, j’ai ensuite eu une allure très régulière. 1m20 de perdu entre mon 2ème tour et mon 3ème (10km par tour). C’est très peu et je rêverais de tenir cette décélération sur une course où je courrais mieux.
Bref, des points positifs, même si au final 3h07 sur un parcours avec 600m de D-, on peut pas dire que dans l’absolu, ce soit satisfaisant. J’espérais presque 10 minutes de moins quand même. Mais bon, je pense que j’ai fait le bon choix tactique. Avec 10min de moins (que je n’aurais jamais tenu de toutes façons mais disons !), je ne grattais que 2 places.
Je finis donc 9ème, à 50 minutes (!) du 1er, et surtout à 30min du podium. Je pensais finir en 10h, je fais 10h30. Ça fait mal. Je réussis quand même à ne pas finir dernier pro. Il est encore plus loin, à presque 18min, et la première féminine est derrière également, à environ 20min. Quant aux groupes d’âge, ils sont encore un peu plus loin (l’honneur est sauf, même si pas mal dans la catégorie « pro » sur cette course sont dans les catégories groupe d’âge sur les courses Ironman, de ce que j’ai vu sur internet). Et niveau classement, je me fais battre par des gars que je ne pensais pas plus fort que moi. Et pas de quelques minutes…
Le lendemain, grosses grosses courbatures aux mollets mais rien aux quadris ! Bon, les séances de muscu quadris ont l’air d’avoir au moins eu un effet, reste à faire la même chose sur les mollets !
Je me traine depuis une douleur au pied droit, que j’espère réussir à mettre derrière moi très bientôt. Je suis remonté à bloc pour reprendre l’entrainement. Je vais pas me laisser abattre, et je vais tout faire pour encore m’améliorer. Il faut encore que je me repose pour l’instant, mais j’espère que je pourrai reprendre bientôt.
La déception a très vite fait place à l’envie de m’y remettre. Je pense déjà à y retourner l’année prochaine pour pouvoir faire une meilleure course, dans des meilleures conditions j’espère, et profiter un peu plus du magnifique paysage offert sur le vélo, parce que là, je n’ai pas beaucoup levé la tête !
Pour finir quelques graphiques sur ma course pour les geeks.
J’avais prévu un duathlon au Pays Basque dans 2 semaines, mais je pense qu’il va sauter. Prochaine course, je pense, sera un petit duathlon à Castelnaudary en mars. On verra si j’ai bien récupéré !




